Vous avez peut-être en tête cette image : quelqu’un qui balance une montre devant les yeux, un inconnu qui “endort” une personne sur scène, ou ces émissions de télévision où des participants semblent perdre tout contrôle sous l’effet de l’hypnose.
Ce n’est pas de cela dont il est question ici.
L’hypnose ericksonienne est tout autre chose. C’est une approche respectueuse, progressive, centrée sur la personne et sur ses ressources intérieures.
Elle ouvre un espace différent : un espace où la volonté consciente n’a pas besoin de tout porter seule.
Un espace où quelque chose peut se déposer, se réorganiser, se transformer — à un rythme qui respecte ce que la personne est prête à rencontrer.
Dans cet article, je vous propose de démystifier l’hypnose, de comprendre ce qu’elle est vraiment, et d’explorer comment l’hypnose ericksonienne peut accompagner un chemin de changement.
L’hypnose, ça ressemble à quoi vraiment ?
La première chose à mettre de côté, c’est la fiction.
L’hypnose de spectacle — celle qui fait aboyer des inconnus comme des chiens ou tomber une personne sur scène — repose sur des effets théâtraux, un contexte très particulier, et sur la participation de personnes volontaires, réceptives à ce type d’expérience et préparées à entrer dans ce cadre.
Ce contexte de spectacle, avec son ambiance, ses attentes et sa mise en scène, est très différent d’un accompagnement individuel.
Ce n’est donc pas représentatif de l’hypnose pratiquée dans un cadre professionnel et personnalisé.
Dans la réalité, l’état hypnotique est quelque chose que vous connaissez peut-être déjà.
Vous l’avez peut-être vécu en conduisant sur une route familière, en arrivant à destination sans avoir gardé le souvenir précis de chaque croisement.
Ou encore en étant tellement absorbé dans un livre, un film, une musique ou une pensée, que le monde autour semblait s’être mis un peu à distance.
C’est cela, un état proche de l’état hypnotique :
une absorption naturelle,
une attention plus focalisée,
un rapport différent au temps, au corps, aux pensées, aux sensations.
Dans un accompagnement hypnotique, cet état est créé de manière intentionnelle, progressive et sécurisante, avec un objectif défini ensemble.
Vous entrez dans un état modifié de conscience.
Vous êtes présent(e), mais autrement.
Plus tourné vers l’intérieur.
Plus disponible à ce qui peut émerger.
L’hypnose n’est pas une prise de contrôle.
C’est une expérience à laquelle vous participez, avec votre accord, votre rythme, vos limites, et ce que votre inconscient est prêt à laisser apparaître à ce moment-là.
L’hypnose ericksonienne : une approche centrée sur les ressources
L’hypnose ericksonienne tire son nom de Milton H. Erickson, psychiatre américain du XXe siècle, qui a profondément marqué la manière de pratiquer l’hypnose dans l’accompagnement.
Son approche repose sur une idée essentielle : chaque personne possède déjà en elle des ressources, des apprentissages, des capacités d’adaptation, même si certaines peuvent sembler oubliées, moins accessibles ou difficiles à mobiliser dans certaines situations.
Plutôt que d’imposer une solution de l’extérieur, l’hypnose ericksonienne cherche à s’appuyer sur ce que la personne apporte déjà : son histoire, ses mots, ses images intérieures, ses sensations, ses résistances, ses ressources.
Cette approche est parfois appelée utilisationnelle : ce qui est déjà là chez la personne devient un point d’appui, au lieu de chercher à la faire entrer dans un modèle tout fait.
Le langage utilisé est permissif, imagé et métaphorique.
Cela signifie qu’il ne s’agit pas de donner des ordres comme :
“vous allez faire ceci”
ou
“vous devez ressentir cela”.
Il s’agit plutôt d’ouvrir des possibilités, par des formulations plus souples :
“peut-être qu’une partie de vous peut commencer à…”
“vous pouvez laisser venir ce qui est juste pour vous…”
“à votre rythme, quelque chose peut se réorganiser…”
Ce langage laisse de la place. Il respecte le rythme de la personne. Il permet à l’inconscient de faire des liens, d’associer, d’explorer, de transformer, sans être forcé.
Dans cette approche, l’inconscient n’est pas vu comme quelque chose à contrôler ou à brusquer. Il est plutôt considéré comme une part de soi capable d’apprentissages, de créativité, de protection et de réorganisation intérieure.
L’hypnose ericksonienne ne cherche donc pas à faire “obéir” quelqu’un. Elle invite la personne à entrer en relation autrement avec elle-même.
Cette approche ne cherche pas nécessairement à explorer le passé.
Mais si la personne souhaite aller rencontrer une origine, une mémoire, une part d’elle-même ou un blocage ancien, cela peut aussi faire partie du travail.
Dans ce cas, l’exploration se fait dans un cadre précis, avec une intention claire, et toujours dans le respect de ce que la personne est prête à vivre, consciemment et inconsciemment.
Il ne s’agit pas d’analyser longuement le passé. Il s’agit plutôt d’ouvrir un espace intérieur où quelque chose peut être reconnu, transformé, réorganisé.
L’objectif n’est pas de forcer un changement, mais de créer les conditions intérieures pour qu’un mouvement nouveau devienne possible.
Ce que l’hypnose ericksonienne peut accompagner
L’hypnose ericksonienne peut être un appui précieux dans différentes situations, notamment lorsqu’une personne souhaite mobiliser ses ressources, apaiser certaines réactions, transformer des automatismes ou accompagner un changement intérieur.
- ✦Les peurs et certaines phobies
Peur de l’avion, prise de parole en public, peur de l’échec, peur du vide… Certaines peurs résistent parfois à la seule raison. L’hypnose ericksonienne peut offrir un espace pour apprivoiser autrement ces réactions et mobiliser davantage de sécurité intérieure. - ✦La gestion du stress et de l’anxiété
L’état hypnotique peut favoriser un apaisement, une meilleure écoute du corps et l’installation de ressources internes mobilisables dans les moments difficiles : respiration, ancrage, sécurité intérieure, prise de recul, capacité à revenir à soi. - ✦Les comportements automatiques et les habitudes
Certains schémas répétitifs — grignotage, tabac, évitement, réactions automatiques — résistent parfois à la volonté consciente. L’hypnose ericksonienne peut permettre d’explorer ce qui se joue à un niveau plus profond, et d’ouvrir d’autres possibilités. - ✦La confiance en soi et l’estime de soi
En travaillant sur les croyances limitantes, l’image intérieure et les ressources déjà présentes, l’hypnose ericksonienne peut contribuer à soutenir un rapport à soi plus stable, plus sécurisant, plus aligné. - ✦Le sommeil lorsque les difficultés sont liées au stress ou aux tensions intérieures
Lorsque le mental reste en alerte, le corps peut avoir du mal à se déposer. L’hypnose ericksonienne peut aider à retrouver des états de détente, de relâchement et de sécurité intérieure favorables à l’endormissement. - ✦Les transitions de vie et les périodes de deuil ou de changement
Séparation, reconversion, perte, changement d’étape… Certaines périodes demandent une réorganisation intérieure. L’hypnose ericksonienne peut accompagner ce mouvement, à travers les ressources, les images intérieures et les capacités d’adaptation de la personne.
À noter
Ces accompagnements sont complémentaires à tout suivi médical ou psychologique et ne s’y substituent pas. Selon la situation, une orientation vers un professionnel de santé pourra être proposée.
L’hypnose ericksonienne a aussi inspiré une partie des fondements de la PNL, notamment à travers la modélisation du travail de Milton H. Erickson. Ces approches ne sont pas identiques, mais elles se rejoignent sur certains points : l’attention portée au langage, aux ressources, aux automatismes intérieurs et à la manière dont un changement peut devenir possible.
À lire aussi :
La PNL : comprendre ses schémas pour activer ses ressources
Comment se déroule une séance d’hypnose ericksonienne ?
Si vous n’avez jamais vécu de séance d’hypnose, l’inconnu peut naturellement faire hésiter.
Voici comment cela peut se passer concrètement.
Avant l’induction
La séance commence toujours par un temps d’échange.
Nous parlons de ce que vous traversez, de ce que vous souhaitez explorer, apaiser ou transformer.
Ce moment est essentiel : il permet d’établir la confiance, de comprendre votre contexte, et de définir ensemble l’intention de la séance.
L’induction
L’induction est le moment où votre attention est progressivement guidée vers un état modifié de conscience.
Vous entendez la voix qui vous accompagne.
Vous êtes invité(e) à porter attention à votre respiration, à ce qui se passe en vous, à partir de vos différents canaux de perception.
Cette phase s’appuie alors sur :
ce que vous voyez intérieurement,
ce que vous entendez,
ce que vous ressentez dans le corps,
les sensations qui apparaissent,
et parfois même une odeur, un goût, une impression particulière.
Il n’y a rien à réussir.
Rien à forcer.
Rien à prouver.
Simplement laisser l’expérience se construire, à votre rythme.
Le travail hypnotique
Une fois cet état installé, le travail peut se faire à travers des images, des métaphores, des suggestions adaptées à votre objectif, ou des explorations intérieures.
Vous n’êtes pas absent(e).
Vous êtes présent(e) autrement.
Plus tourné vers l’intérieur.
Plus disponible à certaines sensations, associations, ressources ou prises de conscience.
Certaines séances sont très apaisantes.
D’autres peuvent être plus intenses, parce qu’elles viennent toucher quelque chose d’important.
Cela ne veut pas dire que quelque chose “se passe mal”.
Cela peut simplement signifier qu’une part de vous est prête à regarder, libérer ou réorganiser ce qui avait besoin de l’être.
Le retour
La séance se termine toujours par un retour progressif à l’état ordinaire.
Ce retour se fait avec attention.
Le corps, le mental et les émotions retrouvent progressivement leurs repères dans l’ici et maintenant.
Certaines personnes ressentent du calme, de la légèreté ou une détente physique.
D’autres peuvent être émues, surprises, remuées par une prise de conscience ou par ce qui a émergé.
Chaque expérience est différente.
Il n’y a pas une bonne manière de vivre l’hypnose.
Il y a votre manière.
Après la séance
Après le retour, un temps d’échange est prévu.
Nous prenons le temps de faire le point sur votre état émotionnel, vos sensations, votre ressenti, ce que vous souhaitez partager ou non.
Vous n’êtes pas laissé(e) à vous-même juste après l’expérience.
Ce temps permet de vérifier que vous êtes bien revenu(e), que vous vous sentez suffisamment stable, présent(e), disponible pour repartir.
Il fait pleinement partie de l’accompagnement.
Un temps d’intégration est ensuite nécessaire.
Les effets d’une séance continuent à se déployer dans les heures et les jours qui suivent : une sensation différente, un regard nouveau, un apaisement, une prise de recul, une nouvelle manière d’aborder une situation, un déblocage.
Chaque personne avance à son rythme.
Mon invitation
Peut-être qu’en lisant cet article, vous avez reconnu quelque chose.
Une résistance intérieure.
Un automatisme qui revient.
Une émotion qui prend beaucoup de place.
Une part de vous qui souhaite avancer, pendant qu’une autre semble encore freiner.
Peut-être aussi que vous ne savez pas encore exactement ce que vous aimeriez transformer. Et c’est très bien ainsi.
L’hypnose ericksonienne peut offrir un espace pour explorer ce qui se passe en vous autrement : avec présence, respect, sécurité, et à votre rythme.
L’accompagnement peut simplement commencer par une première rencontre.
Un temps pour poser ce qui est là, clarifier votre besoin, et sentir si cette approche peut vous correspondre.
Il ne s’agit pas de tout comprendre, ni de tout contrôler.
Parfois, entrer en relation autrement avec soi-même suffit déjà pour qu’un changement commence à se dessiner.

